DESPECIALISATION AGROPASTORALE ET ETHNICISATION DES « CONFLITS AGRICULTEURS VS PASTEURS » AU GOULMOU (BURKINA FASO)
- Revue LiLaS (Littératures, Langues, Langages & Sciences Sociales) , 61 (3) : 11-41
Résumé
L’objet de cet article est de proposer une explication de l’exacerbation de ce qui est
communément appelé « conflits agriculteurs-pasteurs » en Afrique subsaharienne. Il
s’appuie sur une étude de cas, celui des conflits entre Gulmancéba et Peuls dans la
Région du Goulmou au Burkina Faso. La production des données a combiné
enquêtes qualitatives socio-anthropologiques in-situ et ex-situ. Il résulte de l’analyse
que, sous l’effet de l’étatisation de la gouvernance des ressources et la monétarisation
des rapports sociaux, une déspécialisation socio-professionnelle des populations
rurales s’est opérée : à l’interdépendance entre « gens du bétail » et gens de la houe
tend à se substituer une rivalité entre « gens du bétail » et de la houe. La tendance de
tous est à l’agropastoralisme. On trouve là l’origine du recul des complémentarités
entre les groupes, complémentarités professionnelles sur lesquelles reposaient les
rapports pacifiques et d’inclusion multiformes. Tensions et stigmatisations ethnicistes
prennent le dessus sur les institutions intégratrices traditionnelles entre Gulmancéba
et Peuls. Le niveau jamais égalé de conflictualité atteint depuis le déclenchement de
l’insécurité dite « terroriste » ou « djihadiste » est inhérent, en grande part, à
l’instrumentalisation de ces dégradations des liens sociaux.
Mots-clés
agropastoralisme, complémentarité professionnelle, intégration sociale, préjugé, « terrorisme ».