Des « réfugiés » du temps précolonial aux PDI chez les Gulmanceba du Burkina Faso: l’intégration sociale par le tutorat ? Eléments du contexte, dynamique de l’institution
- Djiboul, Revue des Arts-communication, Lettres, Sciences humaines et sociales , 10 (4) : 73-90
Résumé
Le tutorat est une institution traditionnelle des sociétés rurales africaines, conçue pour
réguler les relations entre « étrangers » et « autochtones ». Dans les villages du sud-ouest du pays
gulmancé au Burkina Faso, les étrangers les plus présents au fil de l’histoire sont des groupes en quête
de refuge, fuyant divers dangers. On distingue cinq catégories successives de ces « réfugiés » : « réfugiés
de guerres », des contraintes administratives, « réfugiés écologiques », « réfugiés de la conservation »,
« personnes déplacées internes ». L’analyse se fonde sur la lecture et une enquête socio-anthropologique
longue durée ayant conjugué enquête de terrain et enquête à distance. Les données exploitées sont
notamment celles issues d’entretien avec soixante-quatre personnes appartenant à toutes les catégories
sociales concernées par le sujet. Pour ces populations, la fonction essentielle du tutorat est d’assurer une
protection physique et spirituelle, tant pour les étrangers que pour leurs tuteurs. Toutefois, cette
institution n’a jamais suffi à éliminer les conflits ni à répondre pleinement aux besoins de protection.
L’intégration sociale, entendue comme pacification des rapports par le tutorat, n’a été réalisée que
partiellement. Le tutorat doit donc être compris avant tout comme un cadre normatif de gestion des
différends, visant à prévenir, mais aussi, à réduire les effets indésirables des conflits et à favoriser les
conditions d’une coexistence sociale.
Mots-clés
conflit, réfugiés de la conservation, réfugiés écologiques, personnes déplacées internes protection.