Officialisation des langues nationales et sursaut patriotique au Burkina Faso
- Revue ASTR-Ghana , 2 : 61-85
Résumé
Le partage de l’Afrique en plusieurs entités appelées pays n’a pas été sans
conséquence tant sur les choix politiques que sur ceux linguistiques. Les
mêmes langues sont parlées de part et d’autre des frontières. C’est ce que
Ouédraogo R. M (2000 :14) appelle « Langues transfrontalières » en
désignant les langues africaines servant de moyens de communication dans
plusieurs pays. En dépit de cette unicité linguistique dans la diversité, les
langues coloniales ont été imposées et des politiques de dépendance au
sentier se sont succédé après les indépendances. Le constat amer devenu
slogan dans tous les discours politiques est qu’on ne peut pas se développer
dans la langue d’autrui. Cet apophtegme de Joseph KI-ZERBO revêt toute
une révolution qui, pourtant, semble échapper aux Africains. En effet, la
nécessité de concevoir et d’évaluer des programmes et/ou des innovations
linguistiques à l’aune des besoins de développement, en dehors du secteur de
l’éducation, est plus perceptible dans les discours politiques que dans les
pratiques. Fort heureusement, depuis un certain temps, les africains, par un
sursaut de thanatophobie et de fierté linguistiques, ont entrepris des reformes
dont la gestion des langues. En ce qui concerne le BURKINA FASO, la
révision constitutionnelle a fait la part belle au patrimoine linguistique en
décidant de conférer aux langues burkinabè le statut prestigieux de langues
officielles. Mais ce sursaut devra être accompagné, ravivé et doit viser le
développement endogène, durable et participatif des populations. En quoi
l’officialisation des langues relève-t-elle d’un sursaut patriotique ? Comment
les langues peuvent-elles contribuer à un sursaut patriotique des Burkinabè
pour qui le français est une finalité et un idéal ? Cette contribution vise à
montrer que la langue est un moyen d’éveil des consciences pour un
attachement patriotique plus profond. De la démarche qualitative à travers
l’analyse documentaire, cette recherche conclut que même la colonisation
linguistique relève d’un patriotisme et que le revers devrait également viser
cette fierté et cet amour pour la patrie. Une approche intégratrice aux
niveaux national et sous-régional ne serait-elle pas plus porteuse ?
Mots-clés
Langues-politique linguistique-sursaut patriotique