Penser et panser le mystère du mal avec Gabriel Marcel
- La Revue Africaine des Humanités (RAH) , 1 (003) : 25-35
Résumé
À la croisée des chemins entre philosophie, théâtre et religion, la pensée de G. Marcel est traversée par une interrogation constante sur le mal dans un « monde cassé », marqué par des crises multiples. Face à cette réalité toujours d’actualité, le philosophe, « médecin de la civilisation », a le devoir de se confronter au mal, en dépit des risques que cela comporte. Le présent propos se veut « penser et panser » le mal avec G. Marcel. Il montre que les récits mythiques, ainsi que la philosophie classique peinent à rendre le mal intelligible et à répondre efficacement à la question « pourquoi le mal ? ». Dans un tel contexte, G. Marcel propose une rupture décisive et envisage le mal non plus comme un problème, mais plutôt comme un mystère. Grâce à la « réflexion seconde », méthode concrète inspirée par une exigence de retour à l’immédiat, il devient possible non pas de résoudre la question du mal, mais de l’élucider par la description, notamment à travers le théâtre, qui « montre » des situations existentielles, notamment les « situations limites » et complète la réflexion philosophie. L’enjeu pratique de ce propos est de panser le mal « par-delà la philosophie ». Aucune solution rationnelle définitive n’étant possible, G. Marcel refuse à la fois la résignation et la révolte, change de plan pour lutter contre le désespoir et cherche une issue à travers une ouverture méta-problématique. Cette démarche conduit à une « philosophie religieuse » qui implique une ouverture à Dieu sans pour autant renoncer à l’esprit critique, car le philosophe ne peut s’inféoder à aucune religion positive. Au bout du compte, la question du mal demeure. Cependant, G. Marcel ne clôt pas le débat, mais substitue au paradigme du problème celui du mystère. Pour panser le mal, il en appelle à une philosophie concrète et participative, et propose une éthique de la fidélité, de la foi et de l’espérance.
Mots-clés
mal, Gabriel Marcel, mystère, réflexion seconde, espérance.