La fabrique cadastrale de l’espace rural: concurrence de grandeurs et appropriation foncière par le titre au Burkina Faso
- Annales de l’Université Abdou Moumouni de Niamey, Série B – Lettres et Sciences Humaines : 43-60
Résumé
Depuis la fin des années 80 les pouvoirs publics burkinabè – soutenus par des agences
internationales de développement dont le Fonds monétaire international et la Banque mondiale et
des pays occidentaux tels que les États-Unis d’Amérique et la France – promeuvent la
formalisation des possessions foncières comme une stratégie de sécurisation foncière et de
développement économique des milieux périurbains et ruraux. Ces politiques qui visent à
domestiquer les pratiques foncières rurales pour les rendre mesurables, comptables, imposables
et gouvernables rencontrent cependant des résistances de la part des acteurs ruraux. Cet article
montre que ces contradictions sont des marqueurs de la différence des grandeurs ou des
systèmes d’équivalences entre l’État libéral-individualiste et les formations sociales rurales
communalistes-holistes. Dans ces configurations socio-politiques ce sont les acteurs sociaux –
d’origine urbaine notamment – les mieux dotés en capital social et économique qui sont plus
enclins à la formalisation de leurs possessions foncières. Les résultats de notre recherche révèlent
que le faible pourcentage d’immatriculation foncière rurale est inhérent à l’insécurité socio-
foncière que suscite la demande de titre, la méconnaissance relative des formalités et les coûts
onéreux, au regard des faibles capacités d’investissements des acteurs ruraux.
Mots-clés
grandeurs, foncier, immatriculation, rural, périurbain, Burkina Faso