Caractérisation des systèmes de production agricoles et identification des facteurs de verrouillage agroécologique autour des aires protégées du complexe PONASI au Burkina Faso
- 3ème Conférence Internationale sur l’Intensification Durable, Dakar (Sénégal) , CID146 : 93-93
Résumé
La compréhension des verrouillages agroécologiques est une étape indispensable dans le processus de
transition écologique des agricultures familiales. En Afrique sub-saharienne et plus particulièrement au Burkina Faso, malgré la vulgarisation d’une panoplie de pratiques d’intensification agroécologiques, l’agriculture se caractérise toujours par l’expansion des terres cultivées. Cette étude a pour objectif de caractériser les systèmes de production agricoles afin d’identifier les facteurs de verrouillage, empêchant la
transition agroécologique des agricultures. Dans un premier temps, des entretiens historiques ont été menés
pour analyser l’histoire agraire depuis l’époque coloniale à maintenant. Par la suite, des interviews semistructurées ont été menées auprès de 163 producteurs dans 6 villages autour des aires protégées du complexe PONASI. Au total, 36 variables ont été retenues pour décrire la diversité actuelle des systèmes de production
agricoles. Pour cerner cette diversité, une analyse factorielle multiple de données mixtes (AFDM) combinée à une classification ascendante hiérarchique (CAH) avec le critère de regroupement de Ward ont été réalisées. Malgré les grandes similarités telles que, la disparition de la jachère, l’omniprésence des arbres pourvoyeurs de produits forestiers dans les champs et l’usage généralisé des intrants agrochimiques, l’analyse des enquêtes a révélé de grandes disparités socio-économiques entre les systèmes de production agricoles. Toutefois, la
dynamique agraire actuelle tend davantage à la culture continue et la mécanisation des opérations culturales. L’épuisement de la fertilité des sols cultivés et l’indisponibilité de fourrage sont les principaux facteurs de
verrouillage des systèmes de production agricoles. En réponse à ces facteurs, les producteurs ont recours aux engrais de synthèse (131 kg/ha de NPK et 101 kg/ha d’urée en moyenne), aux herbicides (4L/ha de glyphosate
et 1 kg/ha d’atrazine en moyenne) et au labour systématique des sols en traction attelée et/ou motorisée pour améliorer la productivité des sols d’une part et au pâturage à l’intérieur des aires protégées du PONASI pour compenser l’indisponibilité fourragère dans les agroécosystèmes d’autre part. La vulgarisation de la variété Bt du coton et la prestation du labour au tracteur après les années 2000 ont fortement contribué à la disparition de la jachère. Cette dernière a été accentuée par l’installation massive des immigrants agricoles occasionnée par la gestion traditionnelle du foncier et la location des terres agricoles qui sévit de nos jours. En plus de ces facteurs, la délimitation des aires protégées du PONASI qui a progressivement contraint l’ager et le saltus
depuis les années 1976 à 2006 ont entre autres abouti à la culture continue. La culture continue ne permet pas la restauration de la fertilité des sols et la gestion durable des adventices ce qui a entrainé la dépendance des producteurs aux engrais chimiques et aux herbicides. Les producteurs se retrouvent donc dans un cycle verrouillé, culture continue-utilisation d’engrais de synthèse et d’herbicide avec des alternatives de déverrouillage à grande échelle plus ou moins irréalistes. Cependant, l’intégration du saltus à l’ager
notamment à travers l’introduction de cultures fourragères endogènes dans la rotation culturale pourrait être
une voie d’intensification écologique adoptable par les producteurs
Mots-clés
Biodiversité, Intensification agroécologique, Système de culture, Culture continue, Typologie agraire