Influence du régime foncier sur la dynamique paysagère autour des aires protégées au Burkina Faso
- Colloque scientifique international en hommage au Professeur Sita Guinko , Communication orale (157) : 107-107
Résumé
La compréhension des moteurs de la fragmentation paysagère est indispensable pour réduire l’anthropisation des habitats naturels. Cependant, les études classiques de la dynamique paysagère présentent trois limites qui ne permettent pas de cerner l’influence des changements agraires sur cette dynamique. Cette étude adopte donc une approche intégrée basée sur les principes de l’écologie du paysage et la sociologie avec pour objectif d’analyser l’impact du régime foncier sur la dynamique paysagère autour des aires protégées du complexe écologique Pô-Nazinga-Sissili (PONASI) du Burkina Faso. Une analyse diachronique 1986, 2006 et 2020 au moyen d’images satellitaires Landsat et des entrevues individuelles auprès de 64 chefs d’exploitation ont été effectués. Cinq classes d’occupation des terres, huit indices paysagers et trois indices agro-démographiques ont permis d’interpréter les changements dans le paysage en lien avec la dynamique agraire. En plus de ces indices, un nouvel indice spatial conformément au pattern-process paradigm a été introduit pour quantifier le processus de raccourcissement de la jachère. Enfin, l’influence du régime foncier sur la réduction spatiale de la jachère a été analysée à l’aide d’un test d’indépendance Khi-2. La dynamique paysagère autour du PONASI ne s’explique pas uniquement par la croissance démographique. En comparant deux villages à régime foncier contrasté avec une évolution démographique similaire, il ressort que l’apparition de la location des terres agricoles contribue fortement à la fragmentation des habitats et est à l’origine de la disparition de 76 % des terres en jachère (Khi-2 = 6,7; p-value = 0,009). Cette dynamique foncière rend permanente l’insécurité foncière des migrants agricoles et constitue un obstacle à la transition écologique des agricultures familiales autour du PONASI. Par ailleurs, la délimitation du corridor de migration des éléphants qui relie le PNKT au ranch de Nazinga du complexe PONASI a réduit le degré d’anthropisation du paysage de 46 % et a reconstitué 0,6% des forêts galeries et 0,21% des savanes arborées. La prise en compte de la disparité foncière au sein des populations agricoles dans la vulgarisation des pratiques agroécologiques et la préservation du corridor PONASI permettraient de réduire l’anthropisation des habitats.
Mots-clés
Dynamique agraire, Ecologie des paysages, Indices paysagers., Insécurité foncière, Occupation des terres, Pattern-process paradigm.